Interview

“LA SCIENCE EST AUTOUR DE NOUS TOUS LES JOURS”

Quelles sont les motivations pour devenir animatrice d’un atelier scientifique pour TechEcole ? Et quelles sont les satisfactions liées à cette activité ? Olha Sereda, ingénieur-chimiste, répond à nos questions.

 

Olha Sereda m’a donné rendez-vous dans le café situé juste en face du bâtiment de son employeur neuchâtelois. « La patronne du restaurant fête les deux ans de son café aujourd’hui, et nous allons prendre le petit déjeuner ici avec toute l’équipe ! », me lance Olha Sereda dans un grand sourire. Tout en savourant les délicieux croissants, elle me confie les raisons qui l’ont poussé à proposer un atelier scientifique consacré à la chimie alimentaire depuis plus de deux ans maintenant.

Quand as-tu commencé ? C’est mon collègue de travail, également animateur pour TechEcole qui m’en a parlé. L’idée me touchait, même si j’ai commencé par hésiter, ne voyant pas comment concilier cette activité bénévole avec mon emploi de cheffe de secteur et mes responsabilités familiales. La Suisse m’a donné beaucoup et j’ai eu envie d’exprimer ma reconnaissance. A l’occasion de la fête des animateurs [qui se tient chaque année en juin, note de la rédaction], j’ai pu rencontrer Daniel et les autres animateurs qui m’ont convaincue ! Cela fait maintenant deux ans que je fais partie de TechEcole.

Comment t’est venu l’idée de ton atelier ? Je voulais avant tout que ce soit « ludique » tout en leur apprenant quelque chose. En 11Harmos, les élèves sont encore proches de l’enfance. Je voulais que l’animation leur parle et fasse le lien avec quelque chose qu’ils connaissent, comme la nourriture. J’ai choisi de parler de la composition des aliments et aussi de molécules – il me semblait qu’ils auraient du plaisir à créer de la glace ! Le premier atelier fut un grand succès, la classe a très bien participé et a même invité d’autres camarades, car on avait produit beaucoup trop de glace. Les enseignants étaient enthousiastes et à présent, les classes de chimie alimentaire sont réservées longtemps à l’avance (sourire).

En quoi consiste ton atelier ? Ce que je cherche, c’est avant tout à leur faire comprendre que la science est autour de nous, tous les jours. Je prends un aliment quotidien comme le jus d’orange et leur montre que ses composants sont essentiels pour le corps et pourquoi. Je leur parle de la cuisson des pâtes en leur expliquant qu’il s’agit d’une réaction chimique. Pour eux, c’est moins abstrait ainsi et du coup ils trouvent spontanément que « la chimie, c’est chouette ! ». Ils réalisent que la chimie, la biologie, l’environnement, les sciences en général sont liées et que cela sert à expliquer les phénomènes tout autour de nous. Et que lorsque l’on n’a pas une réponse à une interrogation, on peut chercher jusqu’à ce que l’on trouve grâce à l’approche scientifique.

Un autre objectif ? Oui, je veux leur montrer que le domaine des sciences est aussi fait pour les femmes. Je leur parle de Marie Curie, la seule femme à avoir obtenu deux prix Nobel, un en chimie et un en physique. Elle a vécu il y a plus de 100 ans, mais elle est encore et toujours la seule à avoir obtenu cette reconnaissance scientifique ! Pendant qu’on mange la glace, on discute beaucoup avec les élèves qui se montrent très réceptifs et curieux.

Comment se passe un atelier ? Au début, je suis aussi nerveuse qu’eux ! Je m’arrange pour leur poser beaucoup de questions et les mettre à l’aise. Petit à petit, ils prennent confiance et me font part de leurs observations. Ils émettent des éléments de réponse à haute voix et je les accompagne dans leurs réflexions. Peut-on chercher encore plus loin ? Certains proposent des pistes et partagent une expérience commune. Pour leur faire comprendre le comportement d’un atome, je fais le parallèle avec la vie de tous les jours et place la situation dans un cadre familier : un atome de charbon cherche des amis. Il se lie facilement, mais tous ses amis ne sont pas forcément fidèles.

Qu’est-ce que tu aimes tout particulièrement ? C’est le contact qui m’intéresse et j’espère toucher au moins la moitié de la classe ! Souvent, c’est dans la seconde partie de l’atelier que tout se joue : elle est plus axée sur la pratique et c’est l’occasion pour ceux qui ont peu participé au début de se rattraper. Ils adorent l’azote liquide et je leur explique que la chimie et la physique sont des sœurs complémentaires ! Je les répartis en groupes de trois-quatre élèves avec une responsabilité et des tâches particulières. On se partage les arômes vanille, baies des bois et chocolat et on discute : lequel des arômes a le goût le plus relevé ? Laquelle des glaces est la plus onctueuse ? On échange, on compare, on est tous gagnants !

Quel est l’objectif principal de ton atelier ? Mon but, c’est de leur faire comprendre que la science, et la chimie tout particulèrement, c’est partout au quotidien. Je voudrais qu’ils réalisent par exemple qu’ils trouvent des informations pertinentes simplement en lisant les étiquettes qui figurent sur les produits de consommation. Ils ne doivent pas devenir des experts, mais savoir qu’il existe des clés pour décider si l’on prend un produit ou non. Si j’arrive à sensibiliser deux-trois élèves pour ces sujets, c’est gagné ! Je leur parle aussi de mon parcours. Certains demandent s’il est possible de faire des stages. Je leur explique quelles sont les écoles qu’il faut suivre pour se lancer dans ce métier.

Une émotion ? Avec les élèves, on vit des choses essentielles, bien loin de nos préoccupations et de notre stress quotidiens. Ils sont très touchants ! Le retour des élèves est sublime et précieux. Je ne vois jamais le temps passer. C’est plein d’énergie ! Partager ma passion pour la science avec les jeunes élèves, c’est très stimulant et aussi motivant. Suffisamment de raisons pour le faire, n’est-ce pas? (sourire) !!

Un parcours professionnel international  D’origine ukrainienne et chimiste de formation, Olha Sereda est arrivée en Suisse en 2004 pour un stage. A partir de 2005, elle écrit sa thèse suivie d’un post doctorat à l’Université de Neuchâtel. Elle entre au CSEM en 2009 en tant qu’Ingénieure Recherche + Développement et participe à différents projets pour des clients industriels. Mariée et mère de deux enfants, Olha Sereda dirige aujourd’hui le laboratoire chargé des études de substances cristallines à l’échelle atomique ( » La science des matériaux et fiabilité des composants « ). Travaillant à temps partiel, elle encourage ses collaborateurs et collaboratrices à faire de même.